Toutes les actualités

Caux redonne courage à une déléguée crie d’Alberta

Vendredi, 11. octobre 2013

Marlene est la 2e à droite en arrière tandis que son mari est à sa droite

En arrivant à Caux, accompagnée de mon mari Mike et de Maggie Hudgson (qui a participé au Rassemblement canadien sur les Plaines d’Abraham en 2008), j'ai pris connaissance du programme de la conférence pour une « Gouvernance équitable ». En lisant la liste des conférenciers, j'ai cru que j'étais au mauvais endroit. Ne croyant pas aux coïncidences, j'ai gardé mon coeur là où mon Créateur me conduisait. Je n'étais pas à Caux par hasard.

Comme j'écoutais et participais à la conférence, j'ai eu l'occasion de partager notre expérience familiale et communautaire sur nos interactions avec les compagnies pétrolières dans notre petite communauté de Fort McKay, en Alberta. Nous la désignons « Ground Zero » puisque nous sommes les premiers affectés par les mines à ciel ouvert qui massacrent la forêt boréale. Les mines sont si énormes qu'elles sont visibles de l'espace. Les sables bitumineux sont extraits et transformés à une vingtaine de minutes en voiture de notre communauté. Une fois le pétrole extrait, le sable imbibé de résidus chimiques acides est conservé dans d'immenses bassins de terre.

En 2009, notre famille a découvert un tel bassin à quelques kilomètres de notre source d'eau potable, sur la rivière Ells. Nous avons alors appris que, malgré la tenue d'audiences publiques sur le projet, il avait été approuvé sans qu'il soit question du bassin. Lorsque nous y allions, nous étions trempés, comme à l'habitude. Seulement, cette fois, nous avons développé d'horribles plaies cutanées. Présentement, toute notre communauté souffre de ces plaies. Les enfants nés ces dernières années souffrent aussi de problèmes respiratoires. Nous ne pouvons boire l'eau, ni l'utiliser pour nous laver. Les douches sont réduites au minimum.

Défier la corruption, la destruction environnementale et défendre la Mère Terre et ses enfants a été un rude combat. Ma famille a souffert de plusieurs attaques très personnelles suite à notre engagement à chercher la vérité. J'étais découragée à la pensée que les Premières Nations, malgré l'occasion de faire entendre leurs voix en votant aux niveaux municipal, provincial, fédéral et dans les instances autochtones, prennent le plus souvent l’option de ne pas l’exercer. Tim Hall et Elina Sarkisian, de Toronto, participants au Caux Scholar Certains membres de la délégation canadienne à Caux !

L’exemple du Kenya

J'étais épuisée en arrivant à Caux. Là, aucune lutte. Écouter les gens partager leurs récits de changement m'a remotivée. Que puis-je faire? Je peux partager notre expérience avec d'autres et aider d'autres communautés à apprendre de nos erreurs lors de leurs contacts avec les pétrolières. Notre communauté aurait dû exiger des études et une supervision des impacts sur la santé et l'environnement des sables bitumineux, et cela par des experts indépendants et locaux. Les peuples autochtones auraient dû être inclus dans le processus de réglementation afin de faire entendre nos voix.

J’ai été émue aux larmes en rencontrant et écoutant Joseph Karanja, leader d’I&C au Kenya, partager son expérience dans la dénonciation de la corruption du système électoral de son pays. Des gens risquent leurs vies afin de protéger le droit démocratique de voter, alors que mon peuple choisit de ne pas y participer. Comment puis-je changer cela, me demandai-je?

Une occasion parfaite s'est présentée lors d'un moment de recueillement. Avec l'aide de Tim Hall rencontré sur place, l'expérience de Joseph Karanja a été enregistrée dans le but d'en faire une courte vidéo qui encouragerait la participation autochtone aux instances démocratiques.

J'ai de nombreuses idées pour changer les choses. Caux m'a aidée à trouver de nouveaux moyens pour y arriver, je sais mieux quoi faire. Attendre calmement que le Créateur parle à mon coeur et ouvre des chemins pour le changement. Que pouvez-vous faire? Vous pouvez vous informer sur la destruction causée par les sables bitumineux. Vous pouvez faire connaître notre expérience autour de vous.

Marlene Orr, Fort McKay, Alberta