Témoignages

Extrémisme et économie mondiale

Mercredi, 4. mai 2016
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S’attaquer aux causes profondes de toutes formes d’extrémisme devrait être la priorité première d’Initiative & Changement partout dans le monde, selon une recommandation de son Conseil International. J’ai réfléchi à cette recommandation pour ce qui regarde l’économie mondiale.

Mike Smith

L’économie mondiale s’étend à tous les domaines. D’une manière ou d’une autre elle a une incidence sur la vie quotidienne de tout un chacun sur la planète, que cela nous plaise ou non. Les injustices qu’elle comporte n’alimentent que trop facilement les humiliations et la colère qui conduisent à l’extrémisme.

Elle englobe les choix que nous faisons lors de nos achats de denrées alimentaires et de vêtements et leur origine ; les moyens de transport routier, ferroviaire et aérien que nous utilisons ; notre empreinte carbone et notre utilisation d’énergie avec ses conséquences sur le changement climatique. Elle englobe l’ensemble des technologies de l’information et des médias sociaux mondiaux dont nous nous servons, qui sont fournis par certaines des plus grandes entreprises du monde, et les impôts que nous payons ou omettons de payer du fait de l’évasion fiscale et des paradis fiscaux offshore. Elle englobe le consternant écart de richesse qui existe entre la rémunération des membres du conseil d’administration et les salaires moyens au sein de grandes organisations – une forme d’extrémisme auquel, grâce à Dieu, les investisseurs institutionnels commencent à s’opposer.

L’économie mondiale alimente l’effarant écart de richesse qui existe entre les riches et les pauvres du globe, y compris la forme d’extrémisme que constituent les 62 personnes les plus riches de la planète dont la richesse équivaut à celle de la moitié la plus pauvre de la population mondiale, avec quelque 20 pour cent de cette dernière vivant toujours dans la pauvreté absolue. Elle inclut la fuite à la recherche d’emploi et de sécurité économique pour échapper aux guerres, à la pauvreté et à des régimes dictatoriaux, ainsi que la fuite des villages vers les grandes villes pour y chercher du travail. Elle joue sur la qualité de l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons – et le plastique que nous jetons.

Ainsi, quiconque déclare ne pas être concerné par les problèmes relatifs à l’économie mondiale devrait y réfléchir à deux fois. Parce que l’économie mondiale le concerne réellement, comme elle nous concerne tous. Elle fournit les biens et les services nécessaires à notre vie quotidienne, nos emplois, revenus, éducation, compétences, logement, soins de santé, bien-être économique et un certain niveau de sécurité humaine et sociale pour les milliards de personnes dans le monde. Nous avons donc besoin d’une économie mondiale du bien-être humain et du bien commun.

Et nous devons nous poser en extrémistes aux côtés de ceux qui souffrent en raison des effarantes disparités qui caractérisent l’économie mondiale. C’est pourquoi les médias sociaux, l’entrepreneuriat éthique et social et d’autres modèles économiques alternatifs, allant des entreprises d'intérêt pour la société (benefit corporations) aux entreprises d’intérêt communautaire (community interest companies) revêtent une telle importance pour le monde – en accroissant notre sensibilité et notre conscience sociale elles nous engagent à répondre aux besoins humains.

Le seul autre domaine tout aussi omniprésent est notre vie intérieure – notre imaginaire et notre état d’esprit, notre conscience et notre sens moral. Sommes-nous guidés par le matérialisme ou par des valeurs spirituelles, la cupidité ou l’altruisme, l’intérêt personnel ou l’intérêt commun et un profond sentiment d’amour, d’attention aux autres et de souci pour autrui? Ou seuls la cupidité et l’intérêt que nous portons à notre croissance personnelle nous guident-ils, soit un extrémisme de l’égocentrisme ?

Ces alternatives sont toutes affectées par notre façon de penser, notre état d’esprit. Le choix que nous faisons quotidiennement entre matérialisme et valeurs spirituelles procède de ce qui se trouve dans notre esprit et notre cœur, de notre manière de penser, de notre motivation. Nous parlons de changer nos mentalités, c’est également le sens du mot conversion.

Une déclaration faite par le docteur John Carlisle lors du weekend à Ampleforth, dans le North Yorkshire, sur ce qui est au cœur d’organisations effectives, m’a frappé. Il disait que notre écoute passe par trois étapes (il parlait dans un contexte commercial et économique, mais je crois que cela s’applique à tous les domaines) : réfléchir (aux faits qui nous sont présentés) ; ressentir (les réponses du cœur à ces faits et rêver aux possibilités qui s’offrent) ; et vouloir (les actions que nous sommes disposés à entreprendre après avoir pris connaissance des faits).

Nous pouvons être effrayés par l’extrémisme du terrorisme, par exemple, ou par la brutalité atterrante des réactions à son encontre de la part de fanatiques politiques, religieux et raciaux. Mais nous devons tous être des extrémistes dans la recherche de valeurs spirituelles plutôt que matérielles. Nous devons être des extrémistes qui privilégient le choix de l’amour et du pardon sur celui de la haine et de la vengeance. Comme le disait Frank Buchman, le fondateur d’I&C : « A mal extrême doit venir répondre bonté extrême. »

Pour être honnête, il ne m’est pas facile de pardonner à ceux qui me contredisent ou avec qui je suis en profond désaccord. Je les garde à distance. Pourtant, ils peuvent avoir besoin de mon point de vue autant que j’au besoin du leur. Les problèmes qui ont tendance à me prendre la tête s’avèrent souvent vraiment dérisoires comparés à l’échelle du dérèglement du monde.

Je crois que nous avons besoin de mieux comprendre les domaines prioritaires des uns et des autres. S’il doit y avoir une priorité dominante, que ce soit la lutte contre l’extrémisme de la haine, de la peur, de l’avidité et de la soif de pouvoir dans le cœur humain, éléments qui ont toujours été au cœur de la vocation et du rôle historiques d’I&C.

Mike Smith est le chef des programmes Entreprises (Business Programmes) pour Initiatives et Changement au Royaume Uni et un des membres de l’équipe de coordination des conférences Confiance et intégrité dans une économie mondialisée qui se tiennent annuellement à Caux (Suisse). Il est l’auteur de Great Company: trust, integrity and leadership in the global economy, publié par Initiatives of Change UK, 2015 (8,50 £ plus frais d’expédition) et IofC, India, 2016.

NB : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.

Traduction par Camille de Scoop